Nous sommes arrivé ce jour à Cordoue. Le marchand avec qui je fais la route, un sympathique gros homme nommé Felipe, me raconte que le Roi aurait monté une Grande y Felicísima Armada¹ composée de près de trois cents navires tous remarquables et lourdement armés. Il me dit qu’avec un peu de chance, nous pourrions très bien apercevoir cette flotte à Cadix. Trois cents navires… Cela dépasse l’entendement. L’Espagne est en bonne voie pour devenir le pays le plus puissant du monde.

Je repense à ma mère, à ses pleurs lorsque je suis parti.

¹Felipe semble ici faire référence à l’Invincible Armada armée par Philippe II. Cette flotte ne comportait toutefois pas 300 bâtiments mais “seulement” 130.

Ce jour, j’ai quitté mon village natal¹ pour la première fois de ma vie et je ne devrais pas y revenir avant quelques années. Tout comme mon frère Juan avant moi, je suis parti avec une généreuse bourse afin de parcourir le monde et apprendre un métier. Mon but est Louvain dans les Provinces-Unies où j’espère m’inscrire comme étudiant en médecine. La première étape de mon voyage consiste à rejoindre Cadix où l’on dit que de nombreux navires partent en direction des Flandres. J’espère y trouver une place.

¹L’auteur reste très imprécis sur la localisation de celui-ci. Plus loin, il mentionne juste que la plus proche ville est Tolède et qu’il a de nombreux souvenirs tournant autour du Tage (Tajo).

Le journal de bord du capitaine Talcázar fut retrouvé parmi d’autres journaux de bord dans le fond d’archives de la famille Rubalcaba conservé aux Archivo General de Simancas. Nous ignorons tout des raisons qui ont poussé un membre de cette honorable famille à conserver de tels documents.

Parmi tous ces documents, c’est l’histoire de ce gentilhomme Talcázar qui nous est parvenue de manière complète et bien conservée. Bien que ces écrits soient présentés sous la forme d’un journal auto-biographique, l’analyse critique semble indiquer que ce n’est pas un original mais bien une copie légèrement postérieure aux faits. Le document en notre possession daterait vraisemblablement de la seconde moitié du XVIIe siècle alors que le capitaine serait mort entre 1620 et 1623. Le texte comporte de plus de nombreuses annotations d’une autre main datant elles de la première partie du XVIIIe siècle.

Les extraits du journal de bord que vous pourrez lire sur ces pages ont été traduits du castillan au français moderne par mes soins. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lires que j’en ai à les faire partager.